Dans la VDAM, l'automne atteint son point d'équilibre, qui est aussi un point de rupture. La montagne commence à baisser ses paupières grises sur ses incendies annuels. En altitude, les arbres dépouillés se figent dans l'attitude gênée de celui qui se retrouve soudainement nu devant les autres dans un cauchemar quelconque. Une attitude pudique que les premiers froids dissiperont vite quand les sèves disparaîtront définitivement dans le giron de la terre.

Moi je regarde. Le soir il n'est pas rare qu'un dernier animal messager m'indique les portes de la nuit. Dans mon système de superstitions, c'est un signe appréciable.

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Au matin, le soleil fait de la crête forestière la plus proche un brasier sifflant.

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Des insectes éclosent par milliers, comme une émanation directe des arbres consumés. Etoiles puis cendres.

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D'autres pièges à lumière se déploient :

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Et moi je pars à l'affût des feuilles sous l'abat-jour de mes lisières. Tamisé comme la lumière, l'âme passée au crible de ces instants de contemplation, je passe une petite heure "ailleurs".

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Guidé par la lumière, mon regard s'est posé sur ces feuilles jusque-là anonymes, perdues dans leur foule. Les détails, encore les détails du monde, la différence a toujours été là... Et comme la forêt est aussi un océan, il est naturel que le début d'un poème de Whitman me soit venu à l'esprit à ce moment-là :

"Sortie de l'océan qui roule, la foule, un goutte s'est approchée de moi,

En murmurant : "Je t'aime, avant peu je mourrai,

J'ai fait un long voyage uniquement pour te voir, te toucher,

Car je ne pouvais pas mourir avant d'avoir une fois posé les yeux sur toi,

Car j'avais peur de ne plus jamais te revoir après cela."