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Alors qu'il pleut, neige et vente, alternativement ou de concert, depuis près de dix jours moroses sur la Vallée des Auts' Mecs, c'est le moment de se plonger dans la lecture et d'attiser les rêves  d'expéditions prochaines. C'est là qu'on profite par exemple de la compagnie d'un bon mec qui s'appelle Rick Bass. Aujourd'hui, je suis dans le vague un peu comme lui :

"Souvent, j'aimerais pouvoir laisser tomber mes inquiétudes pour la nature, un peu à la manière dont la neige glisse du toit pentu de ma cabane. Je voudrais ne plus avoir le sens du devoir ; j'aimerais ne plus entendre l'appel de ces dernières étendues sauvages qui parsèment encore les forêts nationales, et pouvoir à la place me réjouir qu'elles existent encore, sans presque éprouver la nécessité de lutter pour leur survie. J'aimerais me contenter de boire ce paysage, comme un glouton. L'avaler, le prendre tout simplement, sans avoir rien à donner en retour. Je ne sais pas. Peut-être qu'au fond ce n'est pas ce que je souhaite."

Rick Bass (1958-...) dans "Le journal des cinq saisons"

A retrouver sur la page "Pistes dans la forêt par mes ancêtres"

 

Depuis la maison, je surveille entre deux nuages les vautours qui sont en plein réaménagement des nids et accouplements sur leur falaise et j'imagine des stratégies pour les approcher sans les déranger, des photos prioritaires à réaliser, je convoque des lumières parfaites, des poses idéales sublimées par des réglages subtils, je fouille sur internet pour voir ce qui se fait, en un mot je m'agace tout seul avec sans cesse " le souci d'un nouveau souci au fond de moi ". 

Alors pour me distraire, je sors l'appareil et fais quelques images banales de passereaux à la mangeoire dans une lumière moche. Au milieu il y a ce ratage qui me parle à merveille de ma journée restée dans le vague : tout mouvement s'est fait vers un horizon indéterminé, toute pensée s'est perdue dans le flou de nuances soporifiques et pendant ce temps circulait la petite mésange...

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