m99

Dans la Vallée des Auts' Mecs, la saison tourne. Lété violent est mort, on respire enfin.Trop bling-bling l'été, je lui préfère largement cette saison lente et pudique. Il neige enfin sur les hauteurs et j'assiste impatient à la progression de cette frontière vers le bas. Une lisière qui se déplace sans cesse, réinventant les limites des vastes solitudes. Et du monde agrandi. Car vidé de nous. Presque. Je sais bien que c'est pas vrai, mais si à mon âge on n'est pas encore capable de choisir de façon raisonnable ses illusions...

J'aime rêvasser en contemplant les étendues de neige lointaines. Mon esprit-oiseau aime survoler cet éden violent et virginal. Je ne pense à rien, ce qui est une des manières les plus précieuses que je connaisse d'être libre pour un temps.

m96

Les forêts se préparent. C'est la grand marée annuelle des sèves, la migration secrète vers les profondeurs silencieuses de la terre. Dans l'imagerie classique, cette saison est celle de la mélancolie. Tous les ans je galère pour trouver un poème d'automne à mes élèves. Faut bien respecter les traditions programmes... Que des épanchements élégiaques... Je fais toujours un choix par défaut.

On devrait prendre exemple sur les feuilles, toutes ces couleurs, cette apothéose bigarrée et odorante, ce piège à lumière qui rend le soleil fou. Elles meurent...Oui, elles meurent... Qui n'aimerait pas mourir de joie un jour, dans longtemps si c'est mieux ?

Bon, j'ai un peu traîné au milieu de tout ça, j'ai quelques images. Je n'ai plus de prétentions photographique si tant est que j'en ai eues... Mes images fixent ce que j'ai vu (ou que j'aurais aimé voir, parfois). Avec le temps qui passe je me rends compte qu'elles constituent un excellent fil conducteur pour ma mémoire. Je regarde une photo et hop, le tiroir du souvenir s'ouvre et les sensations s'échappent. Je revis l'instant associé. C'est finalement le sens premier de la photo ça il me semble. Bref.

 Lors du brame, je n'ai pas trop cherché à approcher les cerfs, me contentant d'écouter leur concert chaque soir. On est tout de même allé passer une nuit à la cabane avec ma petite soeur.

m52

Au matin nous avons assisté au spectacle de ce cerf très intéressé par cette biche. Le jeune, au milieu, semblait demander "C'est qui le monsieur maman ?"

m75

 m76

 Obnubilé par sa quête (je retiens ici un ignoble jeu de mots), le mâle s'est petit à petit rapproché de nous :

m78

m79

m77

Pour se retrouver tout près de la cabane où il nous a soudain vus sans que cela semble l'affecter plus que ça.

m80

m83

m84

 m81

Non décidément, nous étions entités négligeables... Il avait autre chose à faire :

m85

Rien à faire des hommes... Ni de leurs animaux d'élevage non plus :

m86

Un peu plus loin son attention a été attirée par un rival sortant de la forêt :

m72

 Lui aussi l'avait repéré :

m73

L'intru s'est à son tour rapproché de nous :

m67

m65

Suivi de près par notre premier individu :

m66

Qui nous a jetés un regard distrait avant de s'assurer que l'indésirable ne traînerait plus dans le coin :

m64

m61

Ce même jour, un aigle royal et un grand corbeau se sont croisés au-dessus de nos têtes :

m74

Plus haut, un autre jour, sur les hauteurs de l'Everest alangui dans la chaleur de l'été indien, j'avais croisé ces oiseaux d'altitude, craves à bec rouge et accenteur :

m71

m68

m69

m70

En ce moment des vols de chardonnerets remontent les vallées. Certains font halte dans le jardin. De sa falaise, je sais que le faucon pèlerin les guette :

m59

m60

Et ce week-end, je n'ai pas résisté à la nécessité d'aller dormir à nouveau à la cabane. Sur le chemin j'ai fait une halte à la falaise aux vautours :

m95

m87

m88

m98

m89

m90

La forêt est somptueuse. Ce spectacle éphémère me fait tourner la tête :

m92

m93

m94

 m97

Pour finir, je voudrais saluer la mémoire du photographe Christophe Sidamon Pesson qui a choisi de quitter ce monde il y a peu. Je ne le connaissais pas mais j'admirais son travail. Je devinais à travers lui une sensibilité particulière, qui me parlait, qui me plaisait.

"Les dernières lueurs du jour s'attardent pour moi,

Elles projettent mon image après les autres et aussi vraie que les

autres sur les déserts envahis par l'ombre,

Elles m'invitent vers la brume et la nuit.

 

Je m'envole sous forme d'air, je secoue ma crinière blanche

vers le soleil qui s'enfuit,

Je répands ma chair en tourbillons et la laisse aller à la dérive

comme une queue de dentelle.

 

Je me lègue à la terre pour pouvoir renaître de l'herbe que j'aime

Si tu veux me revoir, cherche-moi sous la semelle de tes souliers.

 

Tu ne sauras guère qui je suis ni ce que je signifie,

Mais je serai pourtant de la santé pour toi,

Je purifierai et fortifierai ton sang.

Si tu ne réussis pas à m'atteindre du premier coup, ne te décourage pas,

Si tu ne me trouves pas à un endroit, cherche à un autre,

Je suis arrêté quelque part et je t'attends. "

m100

C'était du Walt Withman.