La neige tombée il y a 10 jours sur la Vallée des Auts' Mecs est déjà un lointain souvenir. Au bord du ruisseau où j'ai systématiquement raté mes derniers rendez-vous avec le cincle plongeur, les fleurs s'extraient du carcan froid de la terre et cherchent la lumière qu'elles boivent en abondance. Ainsi j'ai passé mes nerfs de photographe frustré sur ces petits sujets anodins pas si faciles à mettre en valeur. Si ce n'est qu'avec en fond l'écran mouvant des eaux torrentueuses, la tâche est intéressante et même totalement absorbante pour le pseudo-artiste allongé dans l'humus suintant : un pêcheur passant par là, lui -même hypnotisé par sa quête, a d'ailleurs failli me marcher dessus. Il en résulte ces images de primevères printanières dont je ne sais trop quoi penser si ce n'est qu'elles ont tendance à me rendre mélancolique.

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Alors, comme la météo annonce de la pluie et que je ne peux supporter l'idée de rester enfermé à la maison, surtout quand le printemps fait bouillir mon sang et me torture systématiquement d'un sentiment d'urgence m'obligeant à courir dans tous les sens jusqu'à ce qu'épuisement s'en suive, je me décide à rejoindre la falaise aux vautours pour voir si les faucons y sont (!). Lever aux aurores pleines de promesses, ascension dans la nuit qui s'effiloche, traversée de la forêt où vaquent quelques silhouettes d'isards exilés des cimes trop enneigées, repérages systématiques des possibles accès visuels à la falaise dans les lieux que je n'avais pas encore visités puis, devant mon échec, retour à l'endroit imparfait que je connaissais déjà : ça s'annonce mal jusqu'à ce que mon corps suivant une  intuition de mes yeux, je trouve un accès dérobé dans les grandes bruyères à une minuscule terrasse surplombant le vide et donnant sans aucun obstacle sur le perchoir où j'avais déjà vu le pèlerin. Bien dissimulé je commence à attendre, des plumes accrochées un peu partout aux branches m'indiquent qu'il s'agit d'un poste où l'oiseau vient régulièrement plumer ses proies. 2 heures passent et je commence à perdre espoir, la dernière fois, les faucons, en pleine parade nuptiale, volaient dans tous les sens ici ! Et soudain le cri caractéristique retentit: il arrive ! La suite en images :

Monsieur arrive à grands cris et se pose avec une proie dans son bec que je n'ai pas réussi à identifier avec certitude :

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Soudain, je vois surgir dans le viseur un autre individu, nettement plus grand, c'est madame ! Qui bouscule sans ménagement monsieur et en un tournemain (ou tournebec plutôt) s'empare de la proie et s'en va, laissant monsieur comme désemparé. Mais ce comportement tendrait plutôt à montrer que la ponte a déjà eu lieu et que le mâle ravitaille la femelle qui assure l'essentiel de la couvaison.

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Celui-ci restera encore perché un instant, me laissant le loisir de lui tirer un mémorable portrait :

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Avant de repartir :

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J'ai ainsi franchi l'étape que j'évoquais à la fin de mon précédent message : la première proximité avec cet oiseau magnifique est un véritable cadeau que je savoure pleinement et les étapes maladroites qui y ont mené sont, dès lors, comme d'attendrissants et violents souvenirs d'adolescence.