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Au moment où je m'apprête à écrire ces lignes, les premières hirondelles calligraphient leurs trajectoires incisives dans le ciel radieux de la Vallée des Auts' Mecs. Hier, elles n'étaient pas là, je savais qu'elles allaient arriver mais je ne savais pas quand. Maintenant je le sais. Ainsi, jour après jour, le printemps ajoute de nouveaux vers à son poème. Et ça commence à avoir de la gueule. Du romantisme, oui, mais pas fleur bleue. Plutôt le triomphe d'une vigoureuse fontaine de sang qui jaillit sur le monde ébahi.

Il y a une petite quinzaine, poussé par mon premier accès de fièvre printanière chronique, j'avais les yeux grands ouverts à 4 heures du matin. Alors je n'ai pas attendu et une demie-heure plus tard je commençais à traverser la forêt vers le haut en suivant un torrent gonflé par des pluies récentes et la fonte des neiges, torrent dont le vacarme avait quelque chose d'étrange et de presque inquiétant dans l'obscurité de la forêt immobile. Dans la lumière pâle d'une frontale aux piles usées, confiant à mon instinct le soin de retrouver le chemin, de troncs de hêtres fantômes en bouquets de sapins hérissés, j'ai fini par déboucher sur la lisière supérieure vers 6h30, essoufflé comme un mec qui vient de battre un record d'apnée. Il faisait encore nuit et j'ai attendu l'aube sous un houx en écoutant les battements de mon coeur qui prenaient tout leur temps pour revenir à la normale.

Après, je suis parti à la recherche des animaux. Il y a d'abord eu ces isards, en dessous de moi :

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Et puis ces autres, au-dessus de moi :

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 Flirtant avec la crête, ils m'ont permis de rajouter quelques images de silhouettes à ma collection :

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Entre les isards du haut et les isards du bas, voletant sans cesse autour de moi, le petit accenteur se posait parfois pour un tour de chant sur les grandes bruyères :

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Puis mon regard est tombé sur cette biche qui se reposait avec son jeune de l'an passé en surveillant le monde d'en bas :

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Elle a fini par se lever et jeter un oeil aux autres mecs qui folâtraient plus haut :

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Et elle s'est éloignée vers le couvert du bois, en jetant quelques regards derrière elle :

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Enfin, au même endroit que l'année dernière, presque jour pour jour, je suis tombé sur un couple de chevreuils (les mêmes ?). D'abord madame :

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Puis monsieur, un bien bel individu avec de beaux bois tout neufs :

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 Il a détecté ma présence :

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Et s'est figé un instant dans cette position d'alerte, tous ses sens en éveil, ses muscles bandés, près pour le jaillissement d'une fuite éperdue :

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Mais finalement il s'est éloigné dans un calme relatif, sans aboyer, et j'ai pu reprendre mon souffle, fin de la deuxième apnée du jour.

A la descente j'ai cherché des bois de cerfs mais je n'en ai pas trouvé. Quelques jours avant j'en avais trouvé deux sans chercher dans un pré que je connais bien. Un grand classique : on ne trouve que ce que l'on cherche mais souvent par hasard.

Sinon je passe pas mal de temps au bord des ruisseaux où de belles fleurs jouent avec la lumière. Je ne pense pas, je ne regarde plus mes mouches flotter sur l'eau, je ne bouge plus de là où je me suis assis, c'est déjà trop de sensations que d'écouter les conversations secrètes de ces petites nymphes rêveuses.

Je vous raconterai, si cette saison hyperactive me laisse un instant de répit.