Tous les hivers, le règne du blanc reprend, ainsi qu'une longue conversation interrompue par l'agitation des  saisons joyeuses. Des sommets engourdis de la Vallée des Auts' Mecs, finit par descendre la légion silencieuse du froid et du silence qui enveloppe nos maisons, nos jardins et dépose sa poudre de sommeil dans nos consciences. L'esprit, qui en décembre appelait de toute sa force cet ensevelissement total, se retrouve lui aussi pris au piège, comme aveuglé par la lumière blanche, et peine à se mouvoir dans le dédale de ses songeries. Les grands mammifères, à la recherche d'une nourriture qui semble avoir disparue, descendent eux aussi des hauteurs et pour certains font le pas de trop, fatal, vers les villages où les attendent encore quelques gâchettes ivres.

En attendant mieux, ou du moins autre chose, je m'agace à faire des photos de mangeoire où je convoque mes petits sujets à coup de graines de tournesol issues de l'agriculture industrielle. Dans la neige sans reflet, les mésanges charbonnières n'ont plus de regard :

charbo8La petite mésange bleue, elle, est comme un gros flocon coloré qui me distrait de toute cette grisaille. Je la fais poser dans mon studio à ciel ouvert sans lui demander son avis :

bleue67

bleue62

 Mais vite lassé de ces images, je finis toujours par aller chercher la vérité dans les bois, et c'est toujours ma petite mésange bleue, ange du printemps futur, qui m'apporte le soulagement que je cherchais:

bleue40

"Le cuisinier plume les oies

Ah ! tombe neige

Tombe et que n'ai-je

Ma bien-aimée entre mes bras"       

Guillaume Apollinaire